Bonjour tout le monde, bienvenue à Impact économique. Aujourd'hui
nous sommes le 11 mars 2025, je suis en compagnie de notre chef
économiste Stéfane Marion. Bonjour Stéfane, beaucoup d'eau ont coulé
sous les ponts depuis notre dernière rencontre.
Mon Dieu Denis, ça va vite quand même. Les fondements mêmes, les
fondamentaux par rapport à l'économie américaine puis mondiale aussi
semble s'effriter. Pour la première fois en 2 ans même, on pourrait
assister à une contraction de l'économie des services qui Denis
représente en général les 2/3 de l'économie américaine donc— c'est
pas, on est en train de prouver qu'il est faux que la menace d'une
guerre tarifaire n'a aucun impact sur l'économie via même l'incertitude.
Puis en même temps le marché obligataire nous envoie aussi un
message présentement là.
Oui donc c'est pas juste certains sondages à l'effet que l'économie
se détériore, le marché obligataire en a pris note. Puis la courbe des
taux d'intérêt est en qui s'était pentifiée est en train de s'aplanir
donc, historiquement, c'est un présage d'une économie qui a beaucoup
moins de vitalité au cours des prochains mois.
Ou un ralentissement possible, accéléré, à venir.
L'amplitude de la détérioration sera à voir au cours des prochains
mois mais clairement c'est pas une accélération donc ça pourrait miner
même les perspectives de profit des entreprises.
Même à la suite de cette tendance là sur le marché, sur le marché
obligataire on voit aussi que le marché boursier on a commencé à voir
des signaux entre l'Europe puis l'Amérique du Nord qui sont vraiment
contradictoires aux différents.
Ben en général, les marchés boursiers vont pas bien depuis le début
de l'année Denis, donc même de ce mois-ci qui est pas terminé, là
c'est déjà 4.2% à année à date les marchés boursiers sont en baisse,
mais on remarque que les États-Unis sont les plus frappés alors qu'en
Europe puis même au Canada depuis l'année à date, ça demeure, surtout
en Europe ça demeure positif. Donc, il y a une certaine rotation
sectorielle qui est en train de s'effectuer. Mais par rapport aux
États-Unis, on est en train de remettre en doute justement cette
accélération de l'économie américaine en 2025.
Mais en même temps, quand on regarde le secteur extérieur américain,
les exportations, c'est intéressant de s'y attarder un petit peu puis
de voir l'importance de ce fameux secteur-là.
Oui, parce que les États-Unis, bien que les gens, il y a beaucoup
d'économistes, puis dont les gens qui conseillent le président
américain qui ont dit c'est pas grave une guerre tarifaire parce que
les exportations c'est seulement 11% du PIB américain, au Canada c'est
plus de 20%. Mais là où les gens ont fait fausse route, c'est que bien
qu’il y a une certaine résilience pour l'économie, je peux pas
affirmer la même chose pour le marché boursier américain, Denis, qui
le S&P 500 qui est composé de multinationales qui génère 41% de
leurs ventes, donc une grosse partie des profits à l'étranger. C'est
là où que ça a été en train de rattraper l'économie américaine puis la
raison pour laquelle le marché boursier américain est plus frappé que
les autres, c'est ça, c'est une barre très importante des revenus et
des profits. Puis on en a parlé souvent Denis, le marché boursier
américain c'était la perfection attendue encore cette année-là.
Puis en même temps ce qu'on sait c'est que ces exportations-là,
c'est pas tellement dans le secteur industriel où manufacturier, c'est
vraiment dans un autre secteur que tout le monde connaît–
Un secteur qui a été tellement porteur pour l'économie américaine,
on parle des 7 compagnies les 7 magnifiques aux États-Unis, compagnies
de la haute technologie qui eux génèrent 56% de leur ventes à
l'étranger. Donc Denis, dans ce contexte-là, est-ce que tu t'étonnes
si je te dis que le marché boursier américain est en baisse de 9%
depuis son récent sommet, mais au niveau du Nasdaq, donc la haute
technologie, c'est près de 14%? Qui plus est, Denis, là ou peut-être
c'est un réveil pour les compagnies américaines. Le secteur bancaire
est en baisse de plus de 16%. Pourquoi Denis? C'est parce que 92% des
flux commerciaux internationaux sont générés en dollars américains et
si tu remets en question ta chaîne d'approvisionnement, ça devient
soudainement moins profitable pour le secteur bancaire américain. Je
pense que Washington devra digérer au niveau du président et ses
conseillers devront digérer l'impact véritable d'une guerre
commerciale pour les prochaines semaines.
En parlant du dollar américain, du billet vert, lui aussi en prend
pour son rhume là.
Ben Denis, t'as mis l'emphase tout à l'heure, pourquoi la bourse
européenne semble— c'est peut-être contradictoire de dire que la
bourse européenne fait bien présentement, t'as un changement des
répartitions des investissements, répartition des actifs au niveau
géographique, l'allocation est en train de dire peut-être que dans un
contexte, j'ai pas de conviction pour avoir aux États-Unis, peut-être
qu'il y a une volonté de relancer l'économie dans la zone euro. Tout
ça pour dire que le dollar américain est affaibli par rapport au yen
par rapport à l'euro, donc c'est une baisse de 5% depuis le début de
l'année. C'est substantiel. Donc Denis il y a un changement de
rhétorique ou de vision par rapport à la robustesse des marchés
financiers puis des États-Unis au cours des prochains mois.
Si on revient au Canada, on voit aussi l'impact des tarifs à venir
déjà sur le secteur extérieur canadien, on a vu la balance commerciale exploser.
Donc Denis c'est vrai que le dollar américain c'est pas juste dopé
par des investisseurs, y a aussi les flux commerciaux. Or, étant donné
qu'il y avait une menace tarifaire, les compagnies américaines sont
dit mon Dieu, on importe comme jamais. Donc le déficit commercial
américain s'est fortement dégradé. Puis bon ça va, je vais pas
t'étonner en disant que au Canada, ça s'est amélioré de sorte que le
surplus commercial pourrait contribuer jusqu'à 5 points de pourcentage
au PIB canadien au premier trimestre. Donc Denis, je me retrouve dans
une situation mon PIB pour être négatif aux États-Unis au premier
trimestre à cause d'une recrudescence, en fait, d'un saut sans
précédent les importations, puis au Canada je deviens positif malgré
que c'est nous qui subit la menace tarifaire. C'est quand même–
C'est un peu contradictoire.
C'est un peu contradictoire mais—
En même temps c'est temporaire.
C'est temporaire et il ne faut pas ambitionner que la croissance du
PIB au premier trimestre au Canada doit être, va s'étendre au reste
des autres trimestres Denis, d'autant que le président vient
d'annoncer aujourd'hui que les tarifs sur l'aluminium, l'acier
pourraient être de 50% à partir de demain. Ça veut dire que Denis y
aura des baisses de taux au Canada au niveau de la Banque du Canada
demain en termes de police d'assurance, mais l'économie canadienne
demeure chancelante je pense, pour les prochains mois.
Tout à fait. Puis encore, on parle toujours de réglementation,
réglementation. Tu veux nous glisser un petit mot là-dessus?
Denis, on a un nouveau Premier ministre au Canada, là qui vient
d'arriver, je sais pas combien de temps ça va durer, mais on a un
nouveau Premier ministre. On parle de faire face aux américains, puis
d'y aller– les premiers ministres provinciaux qui ont décidé de mettre
des taxes sur des tarifs à l'exportation pour les États-Unis. Je
pense, c'est on fait peut-être fausse route parce que je pense que, ce
qui serait salutaire pour le Canada, c'est de se questionner au niveau
de toute la réglementation qui limite notre potentiel de croissance.
Or Denis, y a 320 000 mesures présentement de réglementaires qui sont
appliquées sur nos entreprises. Denis, 105 000 seulement dans le
secteur manufacturier qui font en sorte de miner la croissance de
l'emploi, la croissance de l'économie, mais surtout l'investissement
des entreprises qui est clé pour relancer notre productivité. Donc, si
seulement nos politiciens pouvaient s'y attarder. On sait que le
président Trump dit toujours que le plus beau mot du dictionnaire,
c'est les tarifs, mais on dirait qu'au Canada, c'est la
réglementation. Donc c'est un message clair au niveau de nos
politiciens, ça coûte pas grand chose aider l'économie canadienne. On
n’est pas obligé de déployer des programmes budgétaires, mais on peut
vraiment aider les entreprises canadiennes à faire face à un
environnement hostile au niveau des tarifs en aidant avec la déréglementation.
Vraiment une occasion en or de s'y attarder présentement puis de
corriger cette situation-là.
Denis, je pense ces occasions-là se présentent se profilent une fois
par génération donc j'espère que nos politiciens vont faire quelque
chose. Je pense que ce serait beaucoup plus porteur pour nous
repositionner que d'y aller avec des tarifs sur des tarifs américains
puis les représailles. Ça c'est la plus belle forme de représailles
qu'on pourrait avoir— relancer nos propres industries.
Merci Stéphane et sur ces bons mots, merci à tous de nous écouter.
On se revoit début avril en espérant que la planète va tourner un
petit peu mieux. À bientôt.